PÉPITE France – Le Challenge des Compétences

Révéler les talents, accélérer la performance.

1. La formation continue n’est pas un coût : c’est une décision de pilotage

Si la formation est vécue comme un coût, ce n’est pas parce qu’elle est inutile. C’est parce qu’elle est souvent mal reliée à une trajectoire d’entreprise. Une dépense devient un investissement quand elle est reliée à une hypothèse stratégique et à un indicateur observable. Sans cela, on empile des actions et on se rassure avec des volumes : nombre de sessions, taux de participation, heures consommées.

Or, la question pertinente n’est pas “combien a-t-on formé ?” mais :

  • Qu’a-t-on rendu possible grâce aux compétences développées ?
  • Qu’a-t-on sécurisé (qualité, conformité, continuité, sécurité) ?
  • Qu’a-t-on accéléré (déploiement, adoption, production, mise sur le marché) ?
  • Qu’a-t-on évité (non-qualité, incidents, turnover, erreurs, retards) ?

Quand une entreprise investit dans une machine, elle attend un gain : cadence, qualité, capacité, fiabilité. Elle définit une performance attendue, elle amortit, elle mesure. La logique doit être la même pour une politique compétences : l’investissement humain doit être relié à une performance opérationnelle ou organisationnelle.

Concrètement, cela implique trois bascules de pilotage.

Première bascule : passer du “catalogue” à la “compétence cible”. Le catalogue répond à une question de moyens : quelles formations propose-t-on ? La compétence cible répond à une question de résultats : que doit savoir faire une équipe, dans un contexte donné, avec un niveau d’autonomie défini ? Tant que la cible n’est pas claire, on forme pour “faire quelque chose”.

Deuxième bascule : prioriser les compétences qui portent la stratégie. Toutes les compétences sont utiles, mais elles n’ont pas le même poids stratégique. Une entreprise qui industrialise a des enjeux de standardisation, de qualité et de maintenance. Une entreprise de services a des enjeux d’expérience client, de posture, de méthode, de pilotage. Une entreprise en transformation numérique a des enjeux d’adoption, de data, de sécurité. Le plan de développement des compétences doit être hiérarchisé comme une feuille de route.

Troisième bascule : lier formation et conditions de transfert. Une formation n’a de valeur que si elle se traduit en comportements, en méthodes, en décisions, en gestes. Le transfert dépend moins du contenu que de l’environnement : disponibilité, temps d’application, soutien managérial, référents, outillage, standards, feedback. La compétence ne “s’installe” pas dans une salle. Elle s’installe au travail.

Sur ce blog, je reviens régulièrement sur ces mécanismes, parce qu’ils sont la base : sans cible, sans priorisation, sans transfert, la formation se réduit à une consommation. Avec une logique de pilotage, elle devient un levier de performance.

2. Le rôle des RH : passer de l’administration à l’architecture des compétences

Les RH se retrouvent souvent au centre d’un paradoxe. On leur demande de “développer les compétences”, mais on les cantonne à la logistique : planifier, financer, tracer, consolider. Le système fonctionne, les obligations sont remplies, mais l’entreprise ne progresse pas à la hauteur des investissements. Ce n’est pas un problème de bonne volonté. C’est un problème de rôle.

Le rôle RH, dans une entreprise qui veut se développer, n’est pas seulement de gérer un dispositif. Il est d’architecturer un système de montée en compétences qui soutient la stratégie, et qui s’intègre aux opérations.

Cette architecture repose sur une chaîne cohérente, que je résume en quatre étapes.

  1. Diagnostiquer : identifier les compétences critiques, les écarts, les risques, les zones de fragilité, et les compétences “différenciantes”.
  2. Concevoir : choisir les modalités pertinentes (formation, tutorat, compagnonnage, projets, mise en situation, communautés, standards) et bâtir des parcours.
  3. Déployer : organiser le transfert, outiller les managers, intégrer l’apprentissage dans la réalité du travail.
  4. Piloter : mesurer ce qui progresse, ce qui bloque, ce qui produit des effets, et ajuster.

Le point central, souvent sous-estimé, c’est le management. Les managers sont le principal accélérateur (ou frein) du développement des compétences. Parce que ce sont eux qui arbitrent le temps, qui définissent les standards, qui donnent du feedback, qui exposent à des situations formatrices, qui confient progressivement l’autonomie. Une politique compétences qui ignore les managers reste théorique.

Une RH stratégique ne se contente pas de “proposer” : elle construit un système où chacun tient son rôle.

  • La direction fixe la priorité : quelles compétences soutiennent la trajectoire économique ?
  • Les RH structurent : référentiels utiles, parcours, dispositifs, gouvernance.
  • Les managers rendent réel : accompagnement, exigence, transfert, progression.
  • Les collaborateurs s’engagent : pratique, apprentissage, responsabilisation.

Quand cette chaîne est explicite, la compétence cesse d’être une notion floue. Elle devient un objet managérial concret. Et c’est à cet endroit que l’entreprise gagne en vitesse, en qualité et en résilience.

Dans les articles du blog, je détaille comment rendre ce rôle RH tangible : comment définir des compétences opérationnelles, comment construire des parcours qui évitent l’empilement, comment créer des dispositifs qui tiennent dans la vraie vie d’une organisation, comment outiller les managers sans les saturer, comment instaurer une gouvernance simple mais exigeante.

3. Mesurer l’impact : du “taux de formation” au résultat économique

Beaucoup d’entreprises mesurent la formation avec des indicateurs de suivi : volumes, budget consommé, taux de participation, satisfaction immédiate. Ces indicateurs sont utiles, mais ils ne répondent pas à la question essentielle : quel est l’effet sur l’activité ? Tant que l’effet n’est pas observable, la formation reste attaquable dans les arbitrages.

Mesurer l’impact ne signifie pas tout réduire à un ROI simpliste. Cela signifie construire une chaîne de preuves : relier l’effort de développement des compétences à des indicateurs opérationnels, puis à des indicateurs économiques. C’est un travail d’alignement, pas un exercice d’approximation.

Voici une grille concrète, souvent très efficace, pour structurer la mesure en quatre niveaux.

  1. Acquisition : la compétence est-elle réellement comprise et maîtrisée (évaluation, mise en situation, validation) ?
  2. Transfert : la compétence est-elle utilisée au poste (observations, rituels, standards, feedback) ?
  3. Performance opérationnelle : observe-t-on une amélioration sur les indicateurs métier (qualité, délais, productivité, sécurité, satisfaction client) ?
  4. Effet économique : l’amélioration opérationnelle se traduit-elle en création de valeur (marges, coûts évités, capacité, chiffre d’affaires, réduction des risques) ?

Cette logique évite deux erreurs fréquentes :

  • Confondre activité (former) et résultat (devenir compétent, produire mieux).
  • Vouloir “prouver le ROI” sans passer par le niveau opérationnel, alors que c’est l’endroit où l’effet se voit d’abord.

Exemple simple : si l’objectif est de réduire la non-qualité, on ne part pas d’un calcul financier abstrait. On part d’un indicateur opérationnel (taux de défaut, retours, rebuts, reprises) et on observe si le développement de compétences (standard de contrôle, gestes, méthodes, diagnostic) fait baisser cet indicateur. Ensuite seulement, on valorise l’effet économique : temps gagné, matière évitée, retours réduits, image protégée.

Autre exemple : si l’objectif est d’accélérer l’onboarding et de réduire la vacance de poste, on mesure le temps pour atteindre l’autonomie, le taux d’erreurs au démarrage, la charge d’encadrement. Le gain économique se déduit de la capacité retrouvée, de la baisse de charge, de la réduction des erreurs et du turnover.

Ce sont des méthodes concrètes, accessibles, et compatibles avec le terrain. Elles ne demandent pas des usines à gaz. Elles demandent de choisir les bons indicateurs, de définir des hypothèses, et d’organiser une observation régulière.

Sur le blog, je propose des cadres de mesure pragmatiques : comment choisir des indicateurs sans tomber dans l’excès, comment construire une logique de “coûts évités”, comment relier compétences et productivité, comment parler aux directions financières, comment sécuriser une trajectoire compétences sur plusieurs années.

4. Compétences, RSE et souveraineté économique : une même trajectoire

La RSE est parfois abordée comme un champ à part : des engagements, des rapports, des actions. Or, le développement des compétences est l’un des leviers les plus concrets de responsabilité sociale, précisément parce qu’il touche l’employabilité, la qualité de vie au travail, la mobilité interne, l’égalité des chances, la prévention des risques, et la capacité d’adaptation.

Mais il y a un point que je considère comme central : l’investissement dans les compétences est aussi un sujet de souveraineté économique. Une entreprise qui ne développe pas ses compétences devient dépendante : dépendante d’un marché du travail sous tension, dépendante de prestataires, dépendante d’un savoir détenu par quelques individus clés, dépendante de solutions qu’elle ne maîtrise pas.

Développer les compétences, c’est réduire cette dépendance. C’est renforcer la capacité interne à exécuter, à améliorer, à innover. C’est construire une organisation apprenante, capable d’absorber les transformations : technologies, réglementations, exigences clients, transition énergétique, nouvelles attentes sociales.

Sur le plan RSE, l’impact est double :

  • Impact social : progression, reconnaissance, mobilité, réduction des inégalités d’accès, sécurisation des parcours.
  • Impact organisationnel : pratiques managériales plus exigeantes et plus justes, prévention des risques, culture de la qualité, continuité d’activité.

Sur le plan économique, l’effet est tout aussi concret :

  • Résilience : moins de ruptures, moins de dépendances, meilleure continuité.
  • Compétitivité : meilleure exécution, meilleure qualité, délais maîtrisés, innovation accélérée.
  • Attractivité : marque employeur crédible, fidélisation, baisse du turnover.

La cohérence apparaît clairement quand on change de perspective : la RSE n’est pas “en plus”, c’est une manière de construire la performance dans la durée. Et la compétence est l’outil principal de cette construction.

C’est la raison d’être de ce blog : traiter la formation continue, la compétence, et le rôle RH comme un sujet de stratégie d’entreprise. Ici, on parle d’organisation réelle, d’arbitrages, d’indicateurs, de gouvernance, de performance et d’impact. On parle aussi d’exigence : ce que l’on veut rendre possible, ce que l’on veut sécuriser, ce que l’on veut améliorer concrètement.

Si vous êtes dirigeant, responsable RH, manager, ou acteur de la transformation, vous trouverez dans les contenus du blog des cadres d’analyse, des méthodes de pilotage, et des repères pour structurer une politique compétences qui tient dans la durée. L’objectif n’est pas d’accumuler des actions. L’objectif est de bâtir un système cohérent, mesurable, et aligné sur la trajectoire économique et responsable de l’entreprise.

Le challenge des compétences commence toujours par une question simple : qu’est-ce que votre entreprise doit savoir faire mieux, plus vite, plus sûrement, pour réussir demain ? À partir de là, tout devient plus clair : les priorités, les parcours, les rôles, les indicateurs, et les décisions.